09.16.2007 - 2007-09-16 GENEVA: Stade de Genève / The Police impose l'état d'urgence à Genève...
The Police impose l'état d'urgence à Genève...
Reformé plus de vingt après sa séparation, le trio mené par Sting assurait la seule date suisse de sa tournée mondiale à Genève dimanche. Un concert plus punk que reggae, sans gras, sans insouciance. Les quelque 30,000 spectateurs ont eu droit à deux heures d'adrénaline et la plupart des grands tubes du groupe américano-britannique.
Frustré de grands matches de foot, l'équipe locale n'évoluant plus parmi l'élite, le Stade de Genève a donc fait appel à la police dimanche pour finir l'été en beauté. The Police. Celle qui mit en ordre de marche la musique anglo-saxonne grand public entre la fin des années 70 et le début des années 80.
A cette époque, le monde était plus lisible, bipolaire et à peine relevé, côté musical, de la déflagration punk. Avec leur punk-rock dopé au reggae, les trois policiers à la tignasse blonde faisaient danser la planète. Ils voulaient la célébrité et tous les moyens étaient bons.
Leurs insouciantes descentes, c'est du passé. Pourtant, à Genève, le décalage est apparu moins important que prévu. Sting et les siens sont raisonnablement bien parvenus à convertir leur musique d'un autre temps à notre époque paranoïaque.
Durant deux heures et dix-neuf titres, ils ont imposé aux spectateurs - essentiellement des 30-50 ans - une vraie rigueur, un martellement, du sec et du nerveux, de la guitare stridente et distordue, une basse plongeante.
Pas la moindre mièvrerie durant ce concert mais une suite de rythmes accélérés, sans respiration. L'état d'urgence.
Mais prenons le direct. Presque ironiquement, en préface au concert, le public a droit au 'Get Up, Stand Up' de Bob Marley. Puis le trio apparait. Un gong énorme initie la plongée en apnée.
La mise en scène est dépouillée. Une scène de 50 m de large; un tapis mural de petites ampoules pour souligner les humeurs par la couleur et des structures souvent abstraites; et six écrans.
'Message in a Bottle' démarre, très enlevé. Sting est en t-shirt blanc sans manches, jean noir plaqué. Sa voix en arabesque reste la marque de fabrique nécessaire du trio.
"Chantez avec moi s'il vous plaît!", lance l'Englishman en français avant d'entamer un 'Walking On The Moon' où sa voix se perd dans le vide intersidéral.
Derrière, Stewart Copeland est en t-shirt noir et ganté de blanc. Son jeu de batterie tendu et sa maestria aux cymbales font merveille sur 'Don't Stand So Close To Me'.
Avec parcimonie, il met en branle ses clochettes sur 'Wrapped Around Your Finger', avant de poursuivre sur le mode martial.
"De do do do", lance Sting, "de da da da", répond le public. La déclinaison de tubes se poursuit. Des photos d'enfants tristes sont projetées sur les écrans pendant 'Invisible Sun'.
A chaque fois ou presque, Andy Sumner - t-shirt de marin et veston - dégaine un solo distordu, strident, et souvent inaudible dans la masse sonore.
Un sommet émotionnel est atteint avec... "Roxaaaaaanne!". Le gentil reggae s'est mué en machine punk, avec relances et variations. Sting profère un chant de douleur déchirant. Puis tout s'arrête et le stade explose. Déjà une heure et demi de concert.
Le spectacle est rôdé. C'est le moment que choisit le trio pour s'éclipser. Il reviendra deux fois. D'abord avec 'King Of Pain' et un 'So Lonely' sans une ombre de sensiblerie.
Au moment de 'Every Breath You Take', quelques briquets s'allument pour ne pas tarder à s'éteindre. Jusqu'au bout, tendresse et nostalgie sont évacuées. Pour finir, 'Next To You' est asséné avec hargne. L'insouciance, c'était hier. Aujourd'hui, ça urge.
© Swiss-info by Pierre-François Besson